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Stephane Sessegnon ne quittera pas la sélection de sitôt et voilà pourquoi (Analyse)

Gernot Rohr a publié vendredi sa liste pour la double-confrontation face au Rwanda. Dans cette liste, un nom continue de faire débat, et pas des moindres. Il s’agit de l’emblématique capitaine de la sélection béninoise, Stéphane Sessegnon. Si sur le plan sportif, sa venue en sélection reste discutable, on se rend compte à l’analyse que le cas Stéphane Sessegnon est plus compliqué qu’on le pense. C’est une affaire qui va au-delà du football.

Stéphane Sessegnon est pour beaucoup le meilleur joueur béninois de l’histoire. Mais force est de constater que la légende ne fait plus du tout l’unanimité auprès du grand public. Vieillissant, sa carrière est plus proche de la fin que du début. Cependant, il est toujours appelé en sélection. Un choix incompréhensible pour plusieurs observateurs du football béninois. Mais ce dont on ne se rend pas compte, c’est qu’il n’est pas simple de « dégager » Stéphane Sessegnon de la sélection du jour au lendemain. DISCLAIMER! Il ne s’agit pas ici de le défendre ou l’accabler, mais plutôt d’étaler la situation telle qu’elle.

Il doit partir de lui-même 

Jusqu’à une certaine époque, prendre sa retraite internationale, pour un footballeur africain, n’était pas vraiment une habitude. Les joueurs avaient l’habitude de venir en sélection jusqu’au moment où sportivement, il n’avait plus grand-chose à donner. Souvent leur retraite internationale coïncidait avec leur retraite sportive et le jubilé de fin de carrière. Cependant, la décision symbolique de se retirer de la vie de la sélection nationale est devenue de plus en plus répandue. L’influence de l’Europe ayant naturellement joué, de plus en plus de grands joueurs africains ont suivi la tendance, histoire de s’offrir pour la plupart une sortie avec les honneurs. 

Dans le cas de Stéphane Sessegnon, il est tout à fait raisonnable de penser ainsi. Que ce soit lui ou les dirigeants, ils pensent qu’ils méritent une sortie par la grande porte. Faut-il le rappeler, « Diego pourri », c’est le joueur le plus capé et le meilleur buteur de l’histoire de notre sélection. Il est donc tout à fait légitime de souhaiter qu’il parte dans les meilleures conditions. Cela est d’autant plus souhaitable, car il y a quelques années, Razack Omotoyossi, à l’époque recordman du nombre de buts en sélection, a arrêté dans l’anonymat total. Une triste fin de carrière en sélection pour « le taureau de Pobè », au grand regret du public sportif béninois. Il y a donc en partie cette volonté que l’histoire ne se répète pas. 

Cependant, il y a un gros problème. Pour que la sortie se fasse comme elle est voulue, il faut que Stéphane Sessegnon parte après un bon résultat de l’équipe nationale. Nous ne sommes pas sans savoir que l’équipe nationale du Bénin est retournée dans ses travers ces dernières années. Ce qui complique la tâche. Pourtant, la CAN 2019 était la meilleure occasion possible de finir de la plus belle des manières. Mais, il a dû se passer plusieurs choses dans la tête du capitaine de la sélection. En 2019, Stéphane Sessegnon évoluait en première division turque, à Genclerbirligi. À 34 ans, il évoluait encore à ce qu’on pouvait appeler le « haut niveau », et il était titulaire en club. En parallèle, il voit l’équipe nationale, les écureuils de l’époque sur une pente ascendante. Il a sûrement dû se dire qu’il avait encore des choses à apporter à l’équipe. Sur un plan personnel, il s’est également vu faire une autre CAN et même réaliser son rêve de jouer la Coupe du monde. 

Mais après coup, on se rend compte que c’était une erreur. Et depuis, c’est la descente aux enfers. D’une part, le meneur de jeu est longtemps resté sans club. Une inactivité qui n’a pas été sans conséquence sur sa forme physique. D’autre part, tous les stratagèmes mis en place en sélection pour continuer de le convoquer après un petit temps d’absence n’ont fait que ternir son image auprès du public. Même Michel Dussuyer, qui a longtemps été intraitable sur le fait qu’il faut avoir un club pour venir en sélection a fini par l’appeler dans le rôle « d’invité spécial ». Les mois passent et la situation est toujours la même. Les écureuils devenus « Guépards » sont mal embarqués dans les éliminatoires pour la CAN Côte d’Ivoire 2024. C’est peut-être bizarre de le dire ainsi, mais tant que l’équipe nationale sera en crise de résultats, Stephane Sessegnon restera en sélection. Il restera parce qu’il n’y a personne pour le remplacer.

Il lui faut un « successeur »

Pour qu’une légende, que ce soit d’un club ou d’une sélection parte, il doit être poussé vers la sortie par une étoile montante. Force est de constater qu’au Bénin, aucun joueur n’a l’étoffe pour reprendre le flambeau. Dans le cas Stéphane Sessegnon, l’équation est encore plus compliquée à résoudre. En plus d’être un des joueurs les plus talentueux que le football béninois ait connus, il a également une des meilleures carrières du football béninois si ce n’est la meilleure. Par conséquent, celui qui pourrait prétendre à reprendre le costume doit pouvoir rivaliser sur les deux tableaux. Le Bénin a connu dans la nouvelle génération des joueurs de talent, techniques comme Sessegnon même si ce n’est pas tout à fait le même style de jeu. On peut évoquer le cas Charbel Gomez, mais on sait tous comment ça s’est terminé. 

Lorsque Sessegnon débutait en sélection, les « stars » de l’effectif étaient Oumar Tchomogo et Razack Omotoyossi. Après le départ de Tchomogo, Omotoyossi a pris plus de place et suite au déclin de ce dernier, Sessegnon a pris le relais. On a cru en un schéma pareil lorsque Jodel Dossou commençait à monter en puissance non seulement en sélection, mais aussi en club. Le joueur venait de monter en Ligue 1 avec Clermont et était de plus en plus décisif en équipe nationale. Mais ce fut également un feu de paille. Et durant la longue absence de Sessegnon, aucun joueur n’a su combler le vide. À son prime, il était non seulement le capitaine, mais aussi le meneur de jeu, le passeur et le buteur de l’équipe. Il faisait presque tout. Et les gens ont tellement été marqués par cette période que selon eux, l’équipe a toujours besoin de lui quoi qu’il en soit. 

Les résultats décevants de la sélection en son absence n’ont fait que renforcer le mythe. Certains sont toujours bloqués dans leur illusion. « Sessegnon sur une seule action peut faire la différence ». À l’évidence, le football de haut niveau ne fonctionne pas comme ça. Même si la technique est toujours là et ne le quitte jamais, Sessegnon est cramé physiquement. Et c’est tout à fait normal, il a 38 ans. L’on a déjà senti qu’il portait moins l’équipe depuis la CAN 2019. C’est un collectif qui a emmené le Bénin en quart de finale et non les fulgurances de l’ancien du PSG. Sessegnon a même plus été dans un rôle défensif, pour apporter sa technique au moment de relancer bas, pendant que Sessi d’Almeida faisait les courses. Mais jusqu’ici, on continue de forcer. Les derniers matchs amicaux du Bénin auxquels SS17 a partiellement pris part ont montré à quel point il était dépassé. Mais détrompons-nous, cela ne dissuadera pas le sélectionneur et nos dirigeants de continuer de l’appeler. 

Là où la situation pourrait devenir dramatique, c’est qu’à force de pousser le bouchon loin, l’image de Stéphane pourrait être détériorée à jamais. Et ce serait lui rendre tout sauf service. Et pour tout ce qu’il a apporté à la sélection, l’héritage qu’il laisse, il ne mérite pas une telle fin. Il faut savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent. Et à défaut d’une sortie glorieuse, une sortie dans la dignité reste également une bonne sortie.

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