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Coaching au Bénin : la “vieille école” plus que jamais au pouvoir

Chaque semaine, l’on s’attend à du beau spectacle sur les pelouses béninoises au cours des matchs de championnat. Si les joueurs sont les principaux acteurs, ce sont les entraîneurs les garants du beau. Un secteur qui semble avoir du mal à véritablement se renouveler en ce qui concerne nos entraîneurs locaux.

Stanislas Akele, Richard Bio, Mathias Deguenon, Ulrich Alohoutade ou encore Lafiou Yessoufou etc… Ce sont des noms qui reviennent souvent lorsqu’on parle des entraîneurs qui animent le championnat depuis plusieurs années. Ils se succèdent sur le banc des clubs les plus en vue. Et ce, même si les résultats ne sont pas forcément des meilleurs. C’est à croire qu’ils n’y a pas une relève de qualité pour imposer une certaine concurrence. Du moins, la nouvelle génération d’entraîneurs semble encore avoir du mal à déloger leurs aînés. 

Un problème de renouvellement

Plusieurs raisons pourraient expliquer cet état de chose. Dans tout domaine, c’est toujours difficile de débarquer la vieille garde qui est installée depuis des années, avec l’expérience, le vécu et surtout les références pour ne pas dire le palmarès. Deo-Gracias Hounkpatin, journaliste sportif, directeur de rédaction du Magazine Talent+Sports, s’inscrit dans cette logique pour expliquer cette situation. “Je pense que ces anciens du milieu ont réussi à se faire un nom dans notre championnat et ça compte beaucoup pour eux. Même s’ils ne font toujours pas des meilleurs comme on l’attend d’eux, ils ont marqué les esprits chacun à une période de sa carrière. Et j’ai l’impression que les responsables de clubs se basent encore sur les vieux clichés pour leur faire confiance” argumente t-il.

Ives Sanwan, rédacteur en chef de Supras Mag, se montre par contre plus dur avec les “jeunes” entraîneurs. ‘’ C’est juste dû au manque de qualités. On ne peut pas prétendre prendre la place de X si on a pas au moins les diplômes de X. La nouvelle génération des entraîneurs ont eu quelle formation ? Donc pour moi le manque de formation est à la base de cette routine’’. Il est certes vrai que le diplôme n’est pas un gage de qualité mais c’est un autre facteur qui joue en défaveur de la nouvelle vague de coachs en plus du manque d’expérience. La plupart des entraîneurs ont la Licence C CAF. Pourtant, un entraîneur comme Mathias Deguenon (Loto-Popo), n’a pas pu être sur le banc du club en compétition africaine, n’ayant pas le diplôme qu’il faut. Mais ça ne l’a pas empêché d’être sur le banc d’un club comme Loto. Ce qui met le doigt sur un autre point que soulève Deo-Gracias Hounkpatin. “Il y a le réseautage qui compte parfois. Ils sont dans le milieu depuis un certain temps et ont réussi à tisser des liens qui leur permet d’une certaine manière de pouvoir s’offrir une place sur le banc de certaines équipes”.

Les jeunes entraîneurs doivent encore apprendre

Lorsqu’on s’intéresse aux entraîneurs qui forment plus ou moins la “nouvelle école”, on retrouve pourtant des noms plutôt connus. L’une des figures de cette nouvelle génération est Ibrahim Da Silva. Ce dernier est dans le métier depuis plusieurs années et est actuellement aux commandes de Dynamo d’Abomey, un club assez ambitieux. Cependant, difficile de trouver d’autres exemples du genre. Pire, des entraîneurs comme Urbain Honfo et Ouzerou Abdoulaye, qui sont également les locomotives de cette nouvelle vague, évoluent actuellement au poste d’adjoint respectivement à Coton FC et Loto-Popo. Pour Ives Sanwan, il n’y a rien de mal pour eux à continuer à s’aguerrir du côté des deux meilleurs clubs du pays à l’heure actuelle. “On dit qu’on ne finit jamais d’apprendre. Ouzerou et Honfo ont besoin d’acquérir d’autres expériences pour mieux s’aguerrir. S’ils ont accepté travaillé en deuxième posture c’est qu’ils ont compris que c’est une belle opportunité de recyclage. Apprendre auprès de Victor Zvunka pour Honfo et de Mathias Deguenon pour Ouzerou, c’est comme aller à l’école du coaching car ces deux ont de la matière à vendre” explique t-il.

Toutefois, cela pose un vrai problème. Certains clubs béninois ont toujours du mal à faire confiance aux jeunes entraîneurs. Même ceux qui ont un certain background comme coach Ouzerou et coach Honfo. “Nos dirigeants de clubs dans la majorité n’ont pas de projet sur la durée pour leur club. Ils veulent avoir des résultats dans l’immédiat. Et dans ces conditions, on a parfois peur de confier l’équipe à un entraîneur qui n’a pas une très grande expérience. On veut souvent quelqu’un qui a du vécu parce qu’on estime qu’il saura très vite mettre en place une équipe pour gagner. Avec l’expérience de Urbain Honfo à Ayema, il pouvait être numéro un à Coton et construire une équipe qui pourra gagner le championnat. Mais les responsables voulant gagner le championnat dès leur première saison ont préféré confier le camion à un vieux briscard. Choisir un entraîneur jeune est comme un risque, un pari et les responsables de clubs ne sont pas prêts pour ça” déplore Deo-Gracias Hounkpatin.

La floraison d’entraîneurs étrangers 

Une autre donnée à prendre en compte, c’est la présence de plus en plus fréquente des entraîneurs étrangers sur le banc de nos clubs. Ce qui apporte un peu de concurrence aux locaux. La problématique est de savoir néanmoins s’ils apportent réellement un plus dans notre championnat. Une question sur laquelle Ives et Deo-Gracias ont, une fois encore, des avis divergents. Selon Deo-Gracias Hounkpatin, ils n’apportent rien dans la mesure où leur rendement dépend de l’organisation au sein du club. “Personnellement, je ne pense pas qu’ils apportent quelque chose de très précieux au football béninois. Ceux qui arrivent à réussir sont passés dans des clubs bien organisés. Les autres qui prennent en main des clubs pas très bien organisés font généralement les mêmes résultats que les nationaux. Et dans les compétitions africaines, ils ne font pas mieux que les nôtres. Les derniers clubs béninois qui ont réussi à franchir une des étapes en Coupe CAF ou en Ligue des Champions avaient des entraîneurs nationaux”. Pour faire plus court, dans un environnement de travail favorable, un coach béninois est capable de faire les mêmes choses qu’un expatrié.

Par contre, Ives Sanwan trouve que l’apport des internationaux est immense et va même au-delà de ce qu’on attend d’un coach lambda. “Pour moi, ces expatriés amènent du nouveau ; une nouvelle façon de voir les choses. Ils jouent très souvent le rôle de coach formateur car la quasi majorité des joueurs du championnat ne sont pas formés dans de vrais centres de formation. Donc ces coachs ont un double rôle au sein de leurs formations. Au Bénin, le constat est qu’on respecte plus l’étranger que les autochtones (c’est bizarre mais c’est comme ça), donc pour les responsables de clubs, avoir des expatriés c’est aussi avoir une stabilité ou une maîtrise du groupe” explique-t-il.

Les deux journalistes s’accordent tout de même sur un point : la formation est la solution pour arriver à bout du problème de renouvellement dans le coaching béninois. “La différence avec les étrangers est qu’ils ont souvent des diplômes élevés. Ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’entraîneurs béninois. La FBF doit aider nos entraîneurs à se faire former et on pourra faire de belles choses avec eux si les responsables de clubs mettent les moyens” souligne Deo-Gracias Hounkpatin. Au tour d’Ives Sanwan de conclure dans le même ordre d’idée. “Si aujourd’hui nous avons de plus en plus des coachs expatriés, c’est parce qu’au plan national, il manque cruellement de la matière. Autrement dit, nos entraîneurs doivent être bien formés”.

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