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Première conférence de presse de Gernot Rohr : la révolution est loin d’être en marche (Analyse)

Le nouveau sélectionneur des Guépards, Gernot Rohr, a tenu sa première conférence de presse depuis sa nomination. L’occasion de dévoiler sa première liste de joueurs sélectionnés en vue de la suite des éliminatoires de la prochaine CAN. Beaucoup d’enseignements à tirer de cette première sortie du nouvel homme fort de la sélection béninoise.

La première conférence de presse du nouveau sélectionneur est une étape cruciale. Face à la presse, c’est une opération séduction à réussir impérativement. Le rapport entre le nouveau staff et la presse, par ricochet le public sportif, est guidé par ce premier contact. Réussie ou ratée, elle peut définir tout le reste du règne du coach à la tête de la sélection. L’arrivée de Gernot Rohr à la tête de la sélection nationale devrait être annonciatrice d’un changement profond. Mais cela semble déjà mal parti. La première conférence de presse du technicien franco-allemand donne déjà des indications. Il ne s’agit pas de tirer déjà des conditions hâtives, mais d’analyser quelques points clés de l’intervention de Gernot Rohr.

Une liste à la paternité douteuse 

Le premier faux pas de Gernot Rohr est d’avoir affirmé qu’il s’était appuyé sur Moussa Latoundji pour faire la liste. C’est une manière déguisée de dire que c’est l’ancien entraîneur intérimaire qui a concocté cette liste. Le prétexte que le français a trouvé est qu’il ne connaît pas encore assez les joueurs. Le pire est que cette excuse semble passer sans que personne ou presque ne s’en offusque. Ce n’est pas au moment d’entrer officiellement en fonction qu’on apprend à connaître ses futurs joueurs.

Gernot Rohr est sûrement au courant qu’il allait prendre les rênes des Guépards depuis un bon moment. La logique voudrait que son travail commence bien avant sa prise de fonction officielle. Ce qui, à l’évidence, n’a pas été fait. Ses prédécesseurs à leur arrivée, venaient souvent au poste avec leurs trouvailles, souvent des binationaux pour étoffer l’effectif. Ce qui est plus ou moins la preuve d’un travail fait au préalable. Si ce travail a été bien fait ou pas, c’est un autre débat. La liste de Gernot Rohr en étroite collaboration avec Moussa Latoundji est tout ce qu’on a de classique dernièrement.

De plus, s’il faisait partie des entraîneurs qui ont postulé pour succéder à Michel Dussuyer, cela pose la question des arguments qu’il a mis en avant pour avoir le poste. C’est d’autant plus problématique qu’il prend l’équipe en pleine campagne d’éliminatoires pour la CAN. Nous sommes à quelques jours d’une double-confrontation très importante face au Rwanda. L’équipe n’aura que deux entraînements à faire avant la première échéance. Tous ces éléments montrent à quel point niveau organisationnel, nous sommes toujours dans l’à peu près. Et c’est tout à fait normal lorsqu’on nomme un nouveau sélectionneur à une dizaine de jours d’un match crucial alors que plusieurs mois se sont écoulés depuis la deuxième journée des éliminatoires. C’est tout à fait normal qu’on assiste à ça lorsque le changement de nom de notre équipe importe plus que le choix de celui qui va conduire la sélection. En somme, c’est tout à fait normal que Gernot Rohr cherche d’entrée à se protéger. Et ce n’est pas le seul point sur lequel il adopte cette démarche.

« Je vais gagner la moitié de ce que je gagnais au Nigeria parce que je ne viens pas pour l’argent. »

Comme énoncé plus haut, la première conférence de presse d’un nouveau sélectionneur est une opération séduction face aux hommes des médias. C’est toujours bon pour un sélectionneur de les avoir à ses côtés. Ceux-ci sont le relais de la population et forgent parfois l’avis de l’opinion publique. C’est une rencontre qui s’assimile à un match, un face-à-face. Il faut donc anticiper les coups de son adversaire et ça demande de la préparation. Et visiblement, Gernot Rohr et son équipe s’y sont bien préparés. Ils ont pris le temps d’identifier les questions sur lesquelles le franco-allemand pouvait être mis à mal. En plus d’avoir clarifié les choses concernant son contrat, Gernot Rohr a vite fait d’aborder un sujet qui fâche ; le salaire du sélectionneur. Les salaires payés aux sélectionneurs expatriés ont souvent fait polémique.

Pour sa défense, Gernot Rohr affirme qu’il touchera la moitié de ce qu’il prenait au Nigéria. Pour lui, le fait de consentir à cette baisse drastique de salaire est une preuve qu’il vient pour le travail, et non l’argent. Il touchait au Nigéria un salaire estimé entre 44 et 49 000 euros. Son salaire au Bénin devrait donc avoisiner les 24 000 euros. 24 000 Euros, c’est la somme que touchait Michel Dussuyer jusqu’en 2019. Il est ensuite passé à 28 000 euros, donc mieux payé par exemple que Aliou Cissé du Sénégal. Dans un premier temps, on peut croire en la narration de Gernot Rohr. Mais il y a deux détails très importants. D’une part, il n’avait pas tellement le choix vu que le salaire proposé par le Bénin est dans les mêmes standards que ce qu’on a l’habitude de payer.

D’autre part et détail le plus important, ce n’est pas la première fois que Gernot Rohr consent à faire des concessions au niveau salarial. Avant son arrivée au Nigéria, ses émoluments tournaient autour de 55 000 euros. Le fait est que la côte du technicien franco-allemand a baissé au fil des années, et pour retrouver un poste, il est obligé de faire des concessions. Et vu le fiasco au Nigéria, les sélections ne se bousculaient pas forcément pour l’engager. Par conséquent, il peut y avoir certes une envie de retrouver une sélection pour travailler, mais la vérité est surtout que Gernot Rohr n’est plus en position de force quand il s’agit de négocier son salaire.

Un jeu de diversion

Au-delà du fait d’anticiper plusieurs points, Gernot Rohr a également essayé de faire descendre la pression. Cela commence par le fait d’annoncer que son objectif principal est la Coupe du monde 2026 comme convenu avec le ministère et la fédération. Gernot Rohr ainsi que les deux entités citées savent pertinemment que l’urgence à l’heure où nous sommes est la suite des éliminatoires pour la CAN 2024 en Côte d’Ivoire. Et d’une manière ou d’une autre, le nouveau sélectionneur sera jugé d’abord sur ça. À la longue, c’est une stratégie qui peut se retourner contre lui. Gernot Rohr va certes gagner du temps, mais il s’agit de se qualifier pour une compétition à laquelle le Bénin n’a jamais participé. Si à son arrivée au Bénin, il a fait légèrement mine de se présenter comme un « spécialiste » pour emmener les sélections en Coupe du Monde, il a lui-même répondu avoir échoué à y emmener le Nigeria dernièrement.

Pour revenir à la liste, il se donne également une bouffée d’air en convoquant autant de joueurs issus de l’équipe junior. On en attendait un, peut-être deux. Mais Moussa Latoundji et lui en ont sélectionné 6. Une décision plutôt bien accueillie. Pour le reste, ils ont essayé d’anticiper la question sur le cas Marcelin Koukpo, mais l’excuse est bancale. Situation encore plus incompréhensible lorsqu’on voit qu’un joueur comme Josué Tchibozo qui ne joue presque jamais en club est appelé. Le cas Stéphane Sessegnon est un cas qui dépasse le cadre sportif. Pour l’instant, Gernot Rohr n’a pas encore le pouvoir de prendre une mesure radicale à son sujet.

Pour le moment, rien ne laisse présager d’une révolution au sein de la sélection nationale malgré l’arrivée de Gernot Rohr. Que ce soit sur le terrain ou en dehors, la première sortie du franco-allemand semble être annonciatrice d’un fonctionnement dans la continuité de ce qui se faisait. Et ce avec son lot d’imperfections. À présent, place au terrain dans 9 jours pour le premier match de l’ère Rohr au Bénin. 

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